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Rigoberta Menchú Túm discutera pour la première fois avec les Montréalais depuis sa visite dans la métrople, peu après avoir reçu le prix Nobel de la paix en 1992.


À cette époque, le Guatemala était un pays qui faisait fréquemment la une de nos journaux ou des nouvelles télévisées. Alors que l'intensité et le nombre des massacres qui avaient lieu dans les années 1980 avaient diminués, la pays était toujours en guerre et la plus longue guerre de l'hémisphère ne prit fin qu'en 1996. Rigoberta, la jeune femme autochtone, avait captivé l'imagination du monde entier. Le travail incessant qu'elle faisait pour son peuple a inspiré beaucoup de monde.

Certains se rappellent avec nostalgie du mois de visite de Rigoberta à Montréal. Ils y voient un Guatemala et une jeune femme d'une autre époque, comment les choses étaient avant et ce que Rigoberta a accompli. Il y a même une pointe de romantisme. Après tout, les accords de paix ont été signés en 1996 et les massacres ont pris fin. Le pays a une histoire, même courte, de gouvernements élus démocratiquement qui parlent même de faire du Guatemala une zone de libre échange. Le plus important cependant, c'est que le Guatemala ne fasse plus la une de nos journaux. Tout doit bien aller.

Si seulement. Il existe un grand nombre de théories qui expliquent pourquoi le Guatemala et le reste de l'Amérique centrale ne font plus la une des médias. Pour certains, cela s'explique par le fait que les médias sont de plus en plus la propriété de groupes fusionnés qui envoient de moins en moins de correspondants dans les pays étrangers. D'autres préfèrent dirent (cf. Congrés nord-américain sur l'Amérique latine en Nov./Déc. 2000) que le sort de l'Amérique latine s'améliore grâce à l'économie et non aux pouvoirs militaires. D'autres cependant disent que les choses s'améliorent au Guatemala car les peuples sont fatigués de ces guerres. Une autre raison peut venir du fait que les OGN du Nord passent d'un problème à un autre sans le résoudre jusqu'au bout.

Cependant, il est évident que ceux qui ont suivi ce qui se passait sur la scène guatémaltèque ne peuvent pas dire aujourd'hui que la démocratie et le respect des droits de la personne sont instaurés dans ce pays. Excepté peut-être les magistrats espagnols qui gouvernent en faisant la sourde oreille aux problèmes abordés par la Fondation Rigoberta Menchù contre le Général Efrain rios Montt et un nombre d'anciens gouvernants militaires et civils à l'époque du génocide, de la torture et du terrorisme d'état des années 1970 et 1980 (cf. Upstream Journal Nov./Déc. 2000). Comme l'a rapporté le juge Henry Monroy dans l'édition mars/avril de l'Upstream Journal, lors de l'appel entendu en décembre dernier, les juges ont décidé que l'affaire serait traitée par le système judiciaire guatémaltèque et non pas par les cours de justice espagnoles qui avaient pourtant le droit de l'entendre. Ils ont également ajouté qu'il n'y avait absolument aucune preuve de menaces d'intimidation contre ces tribunaux et aucune preuve que les juges guatémaltèques accepteraient de jouer un rôle dans cette affaire.

La décision était assez bizarre. Avant même qu'elle ne soit annoncée, il y avait des preuves évidentes que l'impunité régnait au Guatemala. En janvier 2000, M. Param Coomaraswamy, le rapporteur des Nations Unies sur l'impartialité des juges et des avocats, a dénoncé l'impunité qui avait lieu au Guatemala ainsi que le manque de volonté du gouvernement à agir. Il a fait plusieurs recommendations au gouvernement. Récemment, une année plus tard, il a expliqué que le majorité de ses recommandations n'avaient pas été suivies et a réaffirmé que le gouvernement « n'avait pas la volonté politique de régler le problème. »

Au cours de l'année dernière, les activistes des droits de la personne s'en sont pris à l'impunité qui règnait dans le pays. Ils ont cherché les tombes clandestines où un si grand nombre de Guatemaltèques étaient enterrés. Lorsqu'ils les ont trouvé, ils les ont ouvertes, ont cherché à découvrir l'identité des corps et ont organisé des enterrements décents. Ce procéssus, aussi difficile qu'il soit, est un moyen de mettre fin aux interrogations que se posaeint les familles des victimes. Il permet également de reveler l'identité de certaines des personnes qui ont contribué aux massacres, non seulement celles qui ont commis ces crimes mais aussi celles qui les ont ordonnés.

La deuxième étape est la poursuite judiciaire de ces responsables, à tous les niveaux. Tant que ceux qui ont commis ces atrocités sont encore en liberté, les crimes continuent. Et les principaux responsables peuvent s'enfuire avant d'être inculpés. Voilà pourquoi la fondation Rigoberta Menchu est si essentielle.

Leurs peurs sont bien fondées. La dernière vague de violations des droits de la personne en témoigne. Les organisations judiciaires et des droits de la personne sont désormais devenues des cibles. Henry Monroy n'est pas la seule personne impliquée dans l'affaire Gerardi à avoir quitté le pays. Le procureur, Celvin Galindo, est aussi parti en exil après que sa famille ait reçu des menaces de mort. Depuis l'année dernière, selon le Boston Times, une demi-douzaine d'attaques ont visé les membres de l'équipe légale qui étaient chargés de l'affaire. La maison de la juge a été endommagée par des grenades lancées dans son jardin.

Param Coomaraswarmy a déclaré qu'au moins neuf avocats avaient été assassinés dans le pays entre octobre 2000 et février 2001.

Au cours des dernières semaines, la soeur Barbara Ford, une none américaine qui avait travaillé avec les victimes de guerre, a été assassinée. Bien qu'il n'y ait aucune preuve qu'il s'agisse d'un meurtre politique, ses collègues ont la certitude que c'en est un. Au même moment, Aura Elena Farfan de la FAMDEGUA (une organisation de défense des droits de la personne) a été kidnappée, menacée puis relachée. D'autres groupes de défense des droits de la personne ont rapporté avoir été menacés au cours des dernières semaines.

Tout cela ne va pas à l'encontre du gouvernement Portillo/Rios Montt qui bénéficie de l'impunité et a fait très peu d'efforts pour combattre les graves problèmes économiques et financiers qui secouent le pays.

Menchú est à Montréal pour de nombreuses raisons. Premièrement pour financer l'appel de la cour suprême espagnole qui souhaite que l'affaire soit entendue en Espagne. Le peuple guatémaltèque espère que l'Espagne fera la lumière sur ce dossier car il sait que la justice ne peut pas être rendue dans leur pays. Joignez-vous à nous.

Ernie Schibli