« Le symbole de la stabilité »
L'ALENA se penche sur les vies des exploitants agricoles du Sud du Mexique
de Jamie Wilson
Manuel est né dans le petit village de San Caralampio dans le Sud du Mexique. Comme son père, il a grandi dans une maison d'une pièce dont le sol est en terre et le toit en tôle. Manuel et son frère ont respectivement 18 et 30 ans. Ils vivent et travaillent encore avec leurs parents et leurs deux soeurs. Everyday the same crops are grown, the same clothes are worn and the same meals are prepared. C'est la vie de Manuel et de millions d'autres Mexicains qui vivent dans les régions rurales.
La société traditionnelle dans laquelle ils vivent s'organise autour de deux choses : le soutien de la famille et la production de maïs. Tandis que leur style de vie ne bénéficie pas des avancées technologiques de l'Occident, ils jouissent tout de même d'une culture riche et d'une forte indépendance.
J'ai passé deux jours aux côtés de Manuel et de sa famille au cours desquels ils m'ont fait visiter leur village et m'ont expliqué les circonstances difficiles de leurs vies. Mon visage a dû exprimé ma compassion car tout le monde me souriait. Lorsque j'ai demandé pourquoi, Manuel m'a dit : « Tu ne comprends pas, je suis heureux de ce que j'ai. La vie est juste ici. Ou du moins, elle l'était. »
Ce qu'il essayait de m'expliquer, c'est qu'il y avait eu un grand nombre de changements dans sa communauté au cours des dernières années. Le Mexique est dans une phase de transition cruciale. L'ALENA met en place une course au développement pour que le pays entre dans le marché international et le monde développé. Le changement d'une société fermière traditionnelle à une société industrielle de libre marché ne s'opère pas du jour au lendemain et est difficile pour ceux qui vivent dans les régions rurales du Mexique.
Voici tois aspects de l'ALENA qui ont eu un grand impact sur les régions rurales : l'introduction de graines génétiquement modifiées, de produits chimiques et d'engrais, la privatisation de la Société nationale pour la subsistence des peuples (Conasupo) et le retrait des barrières commerciales.
L'ALENA cherche à éliminer le protectionnisme et la production inéfficace en privatisant les entreprises gouvernementales. Cette mesure est destinée à instaurer un meilleur équilibre des paiements du Mexique et à alléger les dettes massives. Fondamentalement, elle permet au Mexique d'exploiter son avantage comparé sur le marché. En conséquence, la majorité des fermiers devront prendre des décisions majeures pour changer les choses. En fait, il n'y a pas tant de décision à prendre.
Dans un premier temps, ils doivent privatiser la Société nationale pour la subsistence des peuples. Conasupa, le Programme de subvention du gouvernement, a instauré la stabilité économique dans les régions rurales du Mexique en faisant l'acquisition d'une grande quantité de maïs à un prix garanti. Le gouvernement a agi en tant qu'intermédiaire en construisant des entrepôts partout au Mexique, similaires aux franchises, et où les cultivateurs locaux peuvent vendre leur maïs. Le maïs étaient ainsi vendu à des marchés plus larges sans que les fermiers n'aient à payer plus d'argent.
Avec la naissance de l'ALENA, le Conasupo a été privatisé et a mis fin aux subventions du gouvernement. En retirant le marché du maïs, le gouvernement a, en définitive, découragé les populations à l'exploitation fermière. Une fois de plus, elles doivent prendre une décision difficile. Soit elles restent à la campagne et luttent quotidiennement pour leur survie, soit elles émigrent à la ville à la recherche d'un emploi.
Ce qui nous amène au deuxième problème apporté par l'ALENA. Une fois la zone de libre-échange établie, un grand nombre de conditions doivent être respectées. Celle que nous étudions est l'élimination des barrières commerciales. Elle a deux conséquences immédiates. le gouvernement local perd ses revenus tarifaires potentiels et les producteurs locaux ne sont plus protégés contre la concurrence étrangère. En conséquence, le maïs américain à bas prix afflue vers le Mexique et a des retombées économiques désastreuses pour le pays. Le maïs américain est vendu à un prix imbattable grâce à la supériorité technologique et aux rendements d'échelle croissants du négoagricole américain. En immergeant le marché mexicain plus dispendieux, le maïs américain est plus avantageux et a tendance à faire chuter les prix nationaux du maïs.
Tandis que les prix sont plus attractifs pour le consommateur, les conséquences sont dévastatrices pour les producteurs. En fait, c'est le but. La philosophie étant que si on ne peut pas être concurrentiel tout en fournissant aux consommateurs des prix abordables, on ne devrait pas produire de maïs du tout. Les principes simples comme celui-ci peuvent paraître logiques en théorie, mais en réalité, les fermiers ne peuvent pas vendre leur maïs aux prix du marché et ne peuvent donc plus considérer l'exploitation agricole comme un moyen de gagner de l'argent. Une fois de plus, ils doivent prendre une décision difficile. Soit ils restent à la campagne et luttent quotidiennement pour leur survie, soit ils émigrent à la ville à la recherche d'un emploi.
Ceux qui préfèrent rester à la campagne trouvent un nouvel espoir dans les promesses de Novartis, Monsanto et de Pioneer. Ce sont ces entreprises qui introduisent l'utilisation de graines génétiquement modifiées, de produits chimiques et d'engrais. Et comme nous l'avons mentionné ci-dessus, les fermiers mexicains n'ont pas les moyens de concurrencer les négoces agricoles étatsuniens et canadiens. Ils ont donc recours à tous les outils qui leur sont proposés. Les entreprises étrangères produisant des engrais et des produits génétiquements modifiés ont ainsi trouvé un nouveau marché. Elles envoient des représentants dans tout le Mexique pour promouvoir leurs derniers produits. Afin d'accroître son marketing, Novartis a créé des sachets prémélangés de graines dites « Terminator » et d'engrais chimiques (technosacs) que d'autres entrepises se sont elles aussi empressées de produire. * Ces graines permettent de garantir les bonnes récoltes. La production des récoltes devaient ainsi tripler grâce à l'utilisation continue de ces sachets. Mais il y avait un problème : les communautés fermières vivaient dans la pauvreté. Même s'ils le voulaient, les gens comme Manuel n'auraient pas les moyens de s'offrir cette nouvelle technologie.
C'est là que le gouvernement mexicain est intervenu. Pour contrer l'accroissement massif de la pauvreté dans les régiosn rurales, le gouvernement a élaboré un nouveau programme d'aide. Avec l'aide de la Banque interaméricaine de développement et de la Banque mondiale, le gouvernement mexicain offre également aux fermiers des prêts, à la condition qu'ils s'en servent pour acheter des « technosacs ». Les trois premières années, ces « technosacs » ont remplis leurs promesses. Cependant, au cours des années suivantes, l'acidité des terres est devenu un grave problème. Manuel dit, très frustré « Ils font ce qu'ils veulent », en parlant des multinationales « Ils promettent de faire tripler nos récoltes. Mais ils ne nous disent pas qu'après quelques années, les terres sont acides. Le pire, c'est que nous avions déjà connu cette situation. » Les multinationales manipulent les communautés rurales depuis des années. Que ce soit avec les promesses des « technosacs » ou les projets de brevets d'invention de maïs autochtone, les multinationales semblent toujours faire comme bon leur semble.
Ma première réaction a été de me demander comment Manuel pouvait laisser sa communauté tomber dans un tel piège. J'imagine que le desespoir entraîne la prise de mesures desespéreés. Il semble que ce soit tout. « Lorsqu'ils n'arrivent pas à faire ce qu'ils veulent, ils submergent le marché et nous poussent à nous soumetre à leurs exigences. Nous n'avons pas le choix. » Les graines Terminator, combinées aux « technosacs » rendent la collectivité agricole de Manuel complètement dépendante et sans défense. Dans son village, rien ni personne ne peut faire quoi que ce soit contre cela. Le sentiment d'indépendance qui était si grand auparavant est impossible maintenant. « Avant, nous pouvions planter du maïs, le cultiver, et à la fin de la saison, nous utilisions les graines des réserves existantes et les plantions pour la nouvelle saison. Les graines Terminator s'autodétruisent et appauvrissent tellement les terres que les récoltes qui peuvent survivre sont rares. » Il est important de remarquer que les conséquences de l'utilisation des « technosacs » sont connues à l'avance par les entreprises qui les commercialisent. Les résultats font donc partie d'un plan bien précis. À cause de l'exploitation agricole de terres appauvries et des coûts d'achats de produits brevetés, les fermiers ont été forcés à prendre une décision difficile. Soit ils restent à la campagne et luttent quotidiennement pour leur survie, soit ils émigrent à la ville à la recherche d'un emploi.
Pour tirer le maximum de bénéfices du marché, chaque pays concerné doit utiliser ses avantages comparés. C'est ce qui explique pourquoi le Mexique cherche à accroître sa main d'oeuvre industrielle non qualifiée. Les usines d'assemblage et les maquiladoras se trouvent dans la plupart des villes et le long de la frontière entre le Mexique et les États-Unis. Le grand nombre d'ouvriers qui arrivent de la campagne sont une main d'oeuvre non qualifiée idéale pour ces emplois à très faibles revenus. Les employeurs profitent du fait que le nombre d'ouvriers augmente considérablement pour diminuer encore plus les salaires. En effet, du fait que les agriculteurs travailent dûr et que les prix chutent (à cause de la baisse des salaires), les propriétaires s'enrichissent. Non, cela n'a pas de retombées sur les pauvres. Aucune autre alternative de travail ne leur est offerte du fait que les compétences, les capitaux et les conditions nécessaires pour obtenir un emploi mieux rémunéré ne peuvent être obtenus par un fermier reconverti. Les conditions à la ville ne sont pas meilleures que celles à la campagne.
Un problème majeur du libre échange est que le bien-être social est sous représenté dans la plupart des modèles économiques. L'augmentation des salaires grâce à l'exploitation des avantages comparés d'un pays est facile à mesurer en dollars comparé à la perte d'une culture, les migrations forcées et la perte d'indépendance d'un peuple.
La distribution du profit et les réinvestissements sont essentiels au bein-être des peuples, mais les richesses sont rarement partagées. Elles sont produites mais elles ne sont pas redistribuées à tous. Le passé montre que l'augmentation des ressources grâce aux revenus du commerce n'est pas utilisée pour des affaires sociales. Il est peu probable que les entreprises étrangères soutiennent les communautés locales, et les élites locales ne font pas mieux. EIles garderont l'argent généré ou l'investiront dans des marchés plus stables de l'hémisphère nord.
Manuel connait bien cette réalité et il sait qu'il a choisi entre deux situations impossibles. Il sait bien comment cela se passe. Au moment de mon départ, il a une dernière demande. « Trouver un marché pour mon maïs! C'est du bon maïs ! »
Jamie Wilson est étudiant à l'université McGill de Montréal et bénévole au Comité pour la justice sociale
* « La production de graines Terminator a été interrompue pas un grand nombre de producteurs et les graines ne sont pas vendues sur le marché public. Des renseignements sont disponibles sur les sites tels que celui du Pesticide Action Network. Un artcile y décrit trois aspects de l'ALENA qui ont eu de grandes conséquences sur le Mexique rural. Un autre est « une introduction sur les graines génétiquement modifiées, les produits chimiques et les engrais qui sont vendus sous la forme de technosacs... Novartis a créé des sacs prémélangés de graines Terminator et d'engrais chimiques...et d'autres entreprises se joignent à elle.
»
En fait, les plantations de graines génétiquement modifiées sont interrompues depuis 1998 au Mexique. (Le maïs génétiquement modifié qui contamine aujourd'hui les champs mexicains des états de l'Oaxaca et de Puebla est arrivé au Mexique dans des cargaisons de maïs destiné à être utilisé dans la préparation de tortillas. Depuis, il n'y a aucune indication sur le fait que ce maïs a été génétiquement modifié, et les fermiers n'ont aucune raison de ne pas utiliser ce maïs ou de ne pas en planter les graines.) Les graines Terminator ne sont pas encore sur le marché. Selon le groupe ETC (anciènement RAFI),« en août 2001, le département américain de l'agriculture a annoncé qu'il avait donné son accord aux brevets d'intervention sur les graines Terminator de Delta and Pine Land Seed Company, la plus grande entreprise de coton au monde. Delta and Pine a publiquement déclaré qu'elle allait commercialiser les graines Terminator. » D'après le groupe ETC, Monsanto et AstraZeneca ont promis de ne pas vendre de graines Terminator, cependant, depuis que cette promesse a été faite, les deux entreprises se sont accociées à d'autres entreprises.
Cet article faisait en fait référence à des graines améliorées ou hybrides. Bien que les graines hybrides ne permettent pas d'être conservées et replantées, elles n'entrainent pas de risques génétiques pour les autres plantes. Cependant, elles dégradent l'environnement car les variétés commerciales de graines hybrides tels que celle de maïs ont souvent besoin de beaucoup d'eau et de produits chimiques qui polluent les terres et les nappes phréatiques. Le Canada connait bien ces problèmes. Les jardiniers canadiens sont bien conscients de ce phénomènes, mais cela ne veut pas dire qu'ils font pousser les graines hybrides biologiquement.
En négligeant les variétés traditionnelles de graines, les graines hybrides sont une cause sociale de la parte de la biodiversité. À cause des promotions forcées du gouvernement, de l'agrobusiness et des avantages qu'elles apportent (hausse de la production pour moins d'heures de travail), les graines sont acceptées par les agriculteurs. Cependant, dans un grand nombre de pays, y compris le Mexique, certaines organisations paysannes s'engagent à faire des efforts pour retrouver et protéger les variétée tradictionnelles de graines.
La pauvreté et le maïs génétiquement modifié au Mexique
La principale menace de l'exploitation de maïs provient, à court terme, des conditions de pauvreté extrême des campagnes salon Alejandro Nadal, un chercheur du College of Mexico. Il parlait des menaces de la biodiversité par la contamination des varitétés de maïs du Mexique et des « téosintes » qui sont des variétés voisines du maïs domestique.
Sachant qu'un million et demi de producteurs de maïs sont dans un situation marginalisée, il dit que les campesinos qui ont choisi les variétés de maïs connaissent les graines, les pratiques agricoles actuelles et comprennent les terres et les conditions climatiques.
« Les pressions sociales et la pauvreté extrême qui sont causées par la migration sont des facteurs clés du manque d'information traitant de la gestion des ressources génétiques. »
Cette discussion a eu lieu lors d'une conférence nommée « En défense du maïs », qui a été organisée par les campesinos mexicains et les écologistes. L'un des principaux thèmes de la conférence est la présence de champs de maïs génétiquement modifié dans lesquels des variétés traditionnelles de maïs ont été plantées dans les régions montagneuses des états de Oaxaca et Puebla. Des découvertes préliminaires dans les champs de maïs suggèrent une faible densité mais une large dispersion des organismes génétiquement modifié. On craint que cette contamination ait lieu dans d'autres régions du Mexique.


