La Banque mondiale décide de subventionner le projet pétrolier au Tchad et au Cameroun malgré les problèmes qui touchent les droits de la personne et de l'environnement
Comme condition d'admissibilité à leurs programmes de de redressement économique pour les pays pauvres, la Banque mondiale et le FMI ont exigé que la production de pétrole soit privatisée. Ce faisant, ils permettent aux grandes pétrolières de de s'installer dans les pays du tiers-monde et en Europe de l'Est. Ces opérations de financement auront pour effet de nuire à l'environnement et aux populations des pays bénéficiaires de ces programmes. Le pipeline entre le Tchad et le Cameroun est le dernier projet d'envergure permettant d'obtenir du financement de la Banque mondiale. Malgré les critiques du poblic vis-à-vis ces critiques, le conseil d'administration de la Banque mondiale a abdiqué devant les milieux d'affaire et a donné son aval au projet en juin 2000.
Le pétrole tiré des 300 puits de la région sud du Tchad sera transporté sur plus de 1 000 km vers la côte occidentale de l'Afrique. On s'attend à ce que la Banque mondiale effectue un prêt de 115 millions de dollars au gouvernements du Tchad et du Cameroun, aini que 250 millions de dollars à un consortium dirigé par la corporation Exxon-Mobil. La société malaisienne Petronas, également active au Soudan malgré une guerre civile qui s'intensifie, la répression et des miliers de meurtres commandités par les autorités gouvernementales, est également associée au projet.
Les populations du Tchad et du Cameroun n'ont pas demandé l'annulation du projet. Elles savent que le développement pétrolier est en mesure d'amener une certaine richesse. Tout ce qu'ils demandent, c'est que le projet soit retardé afin que l'on prenne le temps de réduire les risques pour les gens et pour l'environnement. Il y a également des alternatives permettant d'améliorer le sort des populations de ces pays. Par exemple, si la dette du Cameroun était réduite, le pays pourrait retenir plus de 40 % de ses revenus. Sans cela, cet argent est assigné au remboursement de la dette et part pour l'étranger.
Malgré les critiques, la Banque a accordé le financement.
Le Tchad est un pays reconnu pour son habitude de violer systématiquement les droits de l'homme. Personne n'a encore enquêté sur les massacres qui ont été perpétrés dans les régions productrices de pétrole en 1997 et en 1998. C'est en toute impunité que services de sécurité de l'État y tuent, y torturent, y violent et y battent les populations. La liberté d'expression et la liberté de presse y sont restreintes et les groupes de défense des droits de la personne ne peuvent agir librement. Parce qu'il a demandé comment seront partagés les profits générés par ces projets, un membre du gouvernement a été emprisonné pour une durée de 8 mois.
Au Cameroun, la corruption est répandue au point que le pays est depuis deux ans considéré comme le plus corrompu au monde. Bien que les violations des droits de la personne n'y soient pas aussi répandues qu'au Tchad, les défenseurs des droits de la personne y sont victimes de harcèlement et de fouilles illégales. Sans fournir de détail concernant la manière de l'obtenir, une loi exige maintenant que les ONG possèdent un permis délivré par le gouvernement afin d'opérer dans le pays.
Sans qu'il de procès, les forces de sécurité procèdent à de nombreux meutres et sont responsables de disparitions. Cette réalité fait partie du paysage politique camerounais. Sans impunité, les prisonniers sont battus et torturés, les journalistes sont harcelés et les pygmées sont victimes de discrimination.
Évidemment, on sait depuis longtemps que la recherche de profit est à l'origine de violation des droits de la personne. Au Nigéria, Shell a permis la mise en place d'une dictature ayant éliminé les dissidents ogonis et exécuté leur leader Ken Saro–Wiwa. En 1998, Chevron a aidé le transport de personnel militaire afin de procéder à l'exécution de jeunes qui manifestaient contre les infrastructures pétrolières, et participe maintenant à l'entente pour le pipeline entre le Tchad et le Cameroun.
En ce qui concerne l'environnement, Exxon Mobil n'a toujours aucun plan d'intervention en cas de déversement de pétrole, et ce, malgré que l'oléoduc traverse plusieurs cours d'eau. Le développement des infrastructures routières sera également à l'origine de nombreux problèmes, dont l'exploitation forestière et le braconnage dans des zones qui étaient jusqu'à maintenant inaccessibles, en particulier dans les forêts tropicales des zones côtières du Cameroun
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Dans le Wall Street Jounal, le PDG d'Exxon Mobil affirmait que les pays pauvres ne peuvent pas se payer le luxe de la protection de l'environnement. Cette déclaration sort de la bouche d'un homme qui est à la tête d'une corporation responsable de l'émission de 601,4 tonnes métriques de dioxide de carbone chaque année, plus que ce qu'émettent des pays comme le Canada et le Royaume-Uni.
En financant la production de 38 milliards de tonnes de gaz carbonique depuis 1992, l'équivalent des émissions pour toute une année dans le monde entier, la Banque mondiale a contribué aux changements climatiques. Elle s'est joint aux institutions financières internationales et a fourni des millions de dollars par année afin d'appuyer des projets exploitant des combustibles fossiles : des centrales au charbon en Chine et en Indes par exemple, les sources d'émissions les plus importantes au monde.
Les droits de la personne et la protection de l'environnement prendront une sérieuse raclée. Les investisseurs seront toutefois protégés. La Banque mondiale évalue que le Cameroun doit s'assurer pour un montant équivalent à 10 % de sa dette, alors le pays est considéré comme lourdement endetté. Exxon Mobil a négocié une entente avec le Tchad et le Cameroun afin d'éviter les lois nationales en cas de désastre.
Le conseil d'administration de la Banque mondiale, et votant en faveur du financement de ce projet, continue à accorder son soutien aux compagnies pétrolières au dépend des droits de la personne et de la protection de l'environnement.
– Derek MacCuish


