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Dialogue et incongruité : Rencontre avec la Banque mondiale et le Fonds monétaire international


Par Derek MacCuish

Il neigeait à Washington. J'y étais – un Canadien dans le Capitole des États-Unis – afin de parler avec des gens du FMI et de la Banque des conditions de vie en Afrique. C'était la période des fêtes et les journaux faisaient état du bas niveau de magasinage saisonnier et de la perte de confiance des consommateurs. Au FMI et à la Banque mondiale, nous discutions des efforts pour survivre dans les pays les plus pauvres du monde. La situation était incongrue.

Depuis longtemps maintenant, le Comité pour la justice sociale essaie de soutenir ses protestations contre les injustices économiques et sociales en cherchant des solutions. Une partie de nos recherches consiste à amorcer des dialogues avec les personnes qui sont au premier plan des prises de décision. Au Canada, en matière de politique économique, ces personnes sont le ministre des Finances, ses conseillers et ses analystes. À l'échelle internationale, nous nous concentrons sur la Banque mondiale et le FMI, qui sont les deux principales organisations responsables des politiques économiques pour les pays pauvres. Pendant les dernières années, le dialogue s'est effectué entre les représentants canadiens siégeant au Conseil d'administration et leur personnel dans chacune des institutions et les personnes responsables du Programme d'allègement de la dette.

La situation a changé en décembre alors que je préparais une série de rencontres à Washington avec quelques personnes responsables de la conception des politiques économiques pour certains pays pauvres. Les pays qui représentaient un intérêt étaient ceux dont le Programme d'allègement de la dette avait été suspendu car ils ne répondaient pas aux conditions liées à l'allègement. Le Sénégal, la Guinée-Bissau, le Guyana, le Nicaragua et le Honduras faisaient partie de ces pays.

La situation à l'intérieur de chacun de ces pays était différente, mais les problèmes auxquels ils font face sont semblables. Ils sont sous le poids d'une dette très lourde à supporter et trop de leurs citoyens vivent dans un contexte de pauvreté extrême et de qualité de vie médiocre. Ils sont tous admissibles à l'allègement de la dette, mais ils ont des difficultés à obtenir « le point d'achèvement » du principal Programme d'allègement, parce que le FMI et la Banque mondiale ne sont pas satisfaits de leur Programme de restructurations économiques. Au Sénégal, le problème est lié à la privatisation de l'industrie des arachides et de l'électricité. Au Honduras et au Nicaragua, ce sont les dépenses gouvernementales et la privatisation des services publics. Au Guyana, ce sont la privatisation du sucre et la façon dont le gouvernement distribue ses contrats.

On dit au Honduras, par exemple, qu'il ne doit pas aller de l'avant avec l'augmentation des salaires de ses enseignants s'il veut que son programme économique soit approuvé et que l'allègement de sa dette s'en suive. Du point de vue des institutions, ces salaires représentent 99 % du budget alloué à l'éducation, ne laissant rien aux autres besoins dits scolaires. Ces demandes résultent des activités d'un syndicat puissant pendant l'année électorale et d'un gouvernement qui était prêt à trop promettre. Le contre-argument est que le Honduras bénéficie du meilleur système d'éducation de la région. Et encore, la perception d'impôts au Honduras n'affecte pas du tout les riches.

Le Guyana a un taux de chômage très élevé et son taux d'exode s'est haussé à 50 000 par an, sur une population de moins de 800 000 individus. L'industrie du sucre est un des principaux employeurs, mais la Banque et le FMI répliquent qu'elle est inefficace et qu'elle draine les fonds publics, coûtant des millions de dollars au lieu de contribuer à instaurer une économie de base solide et d'assurer une croissance pour l'avenir. Ils affirment qu'elle a besoin d'être modernisée, réformée et efficace. La restructuration de l'industrie du sucre est une condition à l'allègement de la dette, mais elle entraînera probablement la perte de 8 000 emplois.

Dans ces pays comme dans tous nos sujets centraux de discussions, les conditions qui doivent être remplies pour obtenir un allègement de la dette (et autre assistance en matière de développement) sont liées à de véritables problèmes économiques. Les différences d'opinions concernent surtout la manière dont ces problèmes seront traités. Quels sont les processus en place pour inclure les personnes affectées dans la prise de décision ? Quel est le rapport des conditions désormais imposées avec l'allègement de la dette ? Pourquoi l'endettement sévère est-il utilisé comme levier pour forcer une restructuration économique rapide, alors que l'endettement est sans aucun doute néfaste pour les pauvres ?

Les gens que j'ai rencontrés dans les deux institutions sont pour la plupart chaleureux et généreux de leur temps. Ils sont prêts à partager leurs connaissances et leurs opinions. Les discussions étaient souvent franches, mais polies. Les seules difficultés rencontrées sont survenues avec le Département des relations extérieures du FMI. Des trois rencontres qui devaient avoir lieu avec ce département, une a été refusée et une autre annulée. L'horaire de la troisième rencontre a été changé sans que je sois consulté et les Relations extérieures avaient invité d'autres participants sans vouloir m'en parler. Le directeur des Relations extérieures a répondu à une lettre de plainte en fournissant une liste de restrictions concernant l'accès aux réunions et à l'information au FMI. Nous avons été en contact avec des gens d'autres organisations de par le monde qui étaient assez préoccupées par cette réponse et qui feront un suivi dans les prochaines semaines en faveur de mesures de protection pour un dialogue productif.

De même, dans les semaines à suivre, nous préparerons des aperçus détaillés de quelques pays, de leurs problèmes en vue de l'allègement de leur dette, des conditions économiques qui y sont rattachées, et nous les partagerons avec vous. Nous élargirons aussi nos activités afin de soutenir activement l'allègement de la dette et l'octroi de plus de pouvoir aux peuples concernés.