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Critique littéraire : Joseph E. Stiglitz, Globalization and Its Discontents

Par J.G. Foulds
Ce livre contribue grandement à la réévaluation actuelle des principales institutions financières internationales (Fonds monétaire international [FMI], Banque mondiale, Organisation mondiale du commerce) qui échouent à traiter efficacement les problèmes économiques les plus importants des années 1990, comme ceux de l'Asie, de l'ancienne Union soviétique et de l'Amérique latine. L'auteur critique fortement le FMI qu'il décrit comme le principal architecte de ces politiques inefficaces et comme une organisation qui a besoin d'être entièrement réformée.

Joseph E. Stiglitz est un économiste universitaire influent qui a occupé des postes d'importance pendant sept ans, dans les années 1990, au sein du gouvernement Clinton et de la Banque mondiale. Il a quitté le milieu universitaire en 1993 pour devenir le président du Council of Economic Advisors de Bill Clinton. Il a ensuite fait son entrée à la Banque mondiale en 1997, au moment de la crise financière du sud de l'Asie. C'est en occupant ces deux postes qu'il a observé la transition ratée de la Russie du communisme au capitalisme. Après avoir été économiste en chef et premier vice-président de la Banque mondiale pendant presque trois ans, il a démissionné en janvier 2000 pour retrouver le milieu universitaire de la Columbia University. En 2001, le Dr Stiglitz a reçu le prix Nobel des sciences économiques pour son travail dans le domaine de l'économie de l'information. Ce qui allait mal sur les marchés le préoccupait. Certaines personnes, par exemple, recevaient de meilleurs renseignements que d'autres et il pensait que les gouvernements devaient agir pour atténuer les répercussions négatives de ces déséquilibres. En tant que « latter day Kensyian », il est souvent en désaccord avec les partisans du marché libre de Milton Friedman, qui ont établis la plupart des politiques économiques mondiales des 20 dernières années.

Selon le Dr Stiglitz, le problème avec le système économique mondial actuel est que l'économie mondiale est gouvernée sans gouvernement mondial et que, par conséquent, les populations des pays en voie de développement les plus touchés par les diverses crises dont parle ce livre ne sont pas représentées quand vient le temps de prendre des décisions. Comme convenu après la Deuxième Guerre mondiale, le FMI devait aider les pays qui avaient des bases économiques solides, mais qui éprouvaient des difficultés temporaires face aux devises étrangères. Or aujourd'hui, le FMI est dominé par les institutions financières des pays industrialisés les plus puissants. Les États-Unis, en tant que plus grand pays donateur et seul pays avec droit de veto au sein du FMI, jouent un rôle particulièrement important. Manquant de méthodes de gouvernance plus démocratiques et de transparence dans le processus de ses prises de décisions, le FMI est devenu un outil de propagande de l'idéologie des tenants de l'économie libérale et des capitalistes Reagan et Thatcher dans tous les pays du tiers-monde. Dans les années 1980, les politiques connues sous le nom de consensus de Washington ont été mises sur pied pour traiter différentes crises économiques qui survenaient en Amérique latine à cette époque. D'autres politiques ont été instaurées en marge de cette approche telles que l'austérité budgétaire, la privatisation et la libéralisation du marché. Même si Stiglitz est d'accord pour dire que les politiques aidant les pays de l'Amérique latine qui accumulaient de lourds déficits d'année en année étaient sensées, il affirme que, dans les années 1990, la même méthode avait été appliquée à plusieurs pays en voie de développement qui connaissaient des problèmes différents. Cette situation n'a fait qu'empirer les problèmes initiaux que ces politiques devaient régler. Des budgets équilibrés ont été mis en place de force dans des pays qui ne connaissaient pas de problèmes de déficit budgétaire chronique, des taux d'intérêts élevés ont été introduits dans des pays qui n'avaient pas de problèmes d'inflation, la libéralisation des marchés financiers a été instaurée dans des pays qui n'avaient pas de structure réglementaire appropriée et enfin la privatisation a été établie dans des pays qui n'avaient aucune loi en matière d'atteinte à la concurrence en vue de prévenir la formation de monopoles.

Certains chapitres du livre sont spécialement consacrés aux crises asiatique et russe, la première étant la crise économique la plus marquante depuis la crise de 1929 et la deuxième, la transition économique la plus importante de tous les temps selon le Dr Stiglitz. Pour contrer la récession et le chômage croissant en Asie, le FMI a mis en place deux politiques monétaires et budgétaires contradictoires, semblables à celles que le gouvernement Hoover avait instaurées avant la grande dépression aux États-Unis et qui ont été rejetées depuis par le monde occidental. En conséquence, ces pays ont connu un taux élevé de chômage. Les travailleurs ne disposant d'aucune aide alimentaire, l'agitation sociale s'est manifestée et a poussé les investisseurs étrangers à déserter le pays, ce qui n'a fait qu'empirer les problèmes. Selon le Dr Stiglitz, des pays comme la Chine, la Corée du Sud et la Malaisie qui ont refusé de suivre les directives du FMI ont beaucoup mieux vécu cette période que l'Indonésie et la Thaïlande, qui avaient suivi les recommandations du FMI. En Russie, l'insistance du FMI à libéraliser et à privatiser rapidement le marché financier avant que l'infrastructure légale ne soit mise en place, a fait perdre au pays ses actifs. L'argent a donc été investi à l'étranger plutôt que dans l'avenir du pays. Par conséquent, certains proches de Boris Elstine sont devenus milliardaires alors que la population, dans son ensemble, s'est enfoncée plus profondément dans la pauvreté. En 1989, seulement 2 % de la population vivait dans la pauvreté. À la fin de l'année 1998, les chiffres ont grimpé à 23,8 %, d'après la norme de 2 $/jour. Dans les dix ans qui ont suivi la chute du communisme, le déclin de la production industrielle russe (60 %) était beaucoup plus important que celui survenu au cours de la Deuxième Guerre mondiale (24 %). Bien que Stiglitz admette que le FMI ne peut être rendu coupable de tout ce qui est arrivé, il souligne que le FMI a contribué grandement à cette situation dramatique.

Le dernier chapitre du livre présente les « prescriptions » du Dr Stiglitz qui visent à réformer les institutions financières internationales. En tête de liste se trouvent des changements au niveau de la gouvernance qui permettraient d'assurer que les voix des pays en voie de développement sont prises en compte dans le processus de prise de décisions, et que le processus lui-même est beaucoup plus transparent. Ces réformes permettraient de retirer au FMI ses responsabilités en matière d'économies de transition (comme celles des anciens membres du parti communiste) et d'ajustements structurels des pays très endettés en voie de développement. Ainsi, le Fonds n'aurait qu'à se concentrer sur les tâches initiales qui sont de prêter des devises fortes aux pays dont l'économie stable éprouve des difficultés temporaires avec les de devises étrangères. Cette mesure permettrait à ces pays de maintenir leurs emplois, la production et les importations, et éviterait de transmettre de mauvaises tendances à leurs partenaires commerciaux. Il affirme que la demande de changement de ces institutions est de plus en plus forte et, qu'en réponse à cela, le FMI et la Banque mondiale modifient leur rhétorique et préfère parler des conséquences qu'ont leurs politiques sur la pauvreté. Bien que les réformes qu'il propose soient extrêmement exigeantes et prendraient beaucoup de temps à être mises en oeuvre, le Dr Stiglitz croit qu'il est essentiel de concevoir la mondialisation pour qu'elle fonctionne non seulement avec les pays avancés et développés, mais aussi avec les pays pauvres du tiers-monde. Ce livre est une mine de renseignements pour ceux et celles qui veulent un changement et, avec le temps, il ne serait pas surprenant qu'il influence le processus de réformes.