publications

La crise d’endettement des pays pauvres continue


Par Derek MacCuish

Dans les pays pauvres, une lutte pour la survie s’est engagée. Les habitants des pays pauvres doivent supporter le poids de mille fardeaux physiques, spirituels et émotionnels qu'aucune statistique sur la maladie ou la mortalité liée à la pauvreté ne reflète de manière adéquate. Des amis d’enfance morts de la diarrhée ; des amis adolescents morts du sida ; des mères brisées par le travail et des pères partis travailler à la ville, dans les mines, ou emportés par le désespoir. Il est incompréhensible de tolérer l’ampleur de cette tragédie comme nous le faisons.

Entreprendre des débuts de solution évidents est possible aujourd’hui. Réduire la pauvreté nécessite que nous agissions pour la santé et la nutrition, contre les conflits, le trafic d’armes et la corruption, pour le partage des technologies et contre le protectionnisme occidental. L’efficacité de ces actions dépendra de notre capacité à comprendre que la lutte contre la pauvreté signifie plus qu’une augmentation de revenus, que c’est une lutte pour l’émancipation des populations concernées.

Depuis les années 1980 ou 1990, selon qu'on considère la « crise d’endettement » du point de vue des banques ou de la population, l’endettement sévère des pays pauvres est reconnu comme l’un des principaux obstacles à la croissance économique et à l’amélioration sociale. S’il reste un semblant d'espoir de stabilité économique ou de croissance réelle, les gens sont entièrement d’accord avec le fait que des régions comme l’Afrique subsaharienne nécessite une annulation de la dette.

Le soutien du public à l’annulation de la dette s’est intensifié au cours des années 1990, et en 1996 la Banque mondiale et le FMI – à la demande du G7 – ont lancé l’Initiative des pays pauvres très endettés (PPTE). Depuis, les institutions financières et les pays riches qui les dirigent se sont défilés face au courant de l’opinion, reportant et minimisant l’allègement de la dette, tout en expliquant que leurs va-et-vient sont des signes de progrès.

Si l’objectif de l'Initiative PPTE était de résoudre l’endettement des pays pauvres, le programme n’a eu que très peu d’effets à court terme et n’en aura aucun sur le long terme. Or, les conditions inhérentes au programme sont très néfastes puisqu'elles dépossèdent l’État de son pouvoir tout en renforçant les capacités du secteur privé, sans se soucier des conséquences que cela peut avoir sur les communautés vulnérables.

La critique du programme actuel d’annulation de la dette peut s’envisager à trois niveaux. La première concerne la rapidité et l’étendue de l’allègement. Depuis le lancement de l’Initiative PPTE en 1996, six pays seulement ont atteint le « point d’exécution ». L’allègement est insignifiant car il est basé sur des prédictions irréalistes du FMI concernant la croissance des exportations et que personne n’a jamais prises au sérieux.

Rien ne semble indiquer que les dirigeants du G7 veuillent accélérer ou faire avancer le programme, ce qui témoigne de leur manque décourageant de volonté politique.

Le second niveau de la critique concerne la Banque mondiale. Toute réduction accordée par la Banque est en réalité couverte par les pays riches. La Banque elle-même refuse de radier les dettes. Cette dette représente environ le tiers de ce que les pays pauvres sont tenus de payer chaque année. Près de 30 % de ces remboursements sont des intérêts sur de vieux emprunts improductifs qui ne profitent pas à l’économie. Pendant ce temps, les niveaux d’endettement sont trop élevés pour que de nouveaux financements puissent être efficaces.

Les ressources de la Banque mondiale sont suffisantes pour lui permettre d’annuler totalement ces dettes, y compris les provisions des pertes de prêts substantiels et les ressources de sa filiale – la Banque internationale pour la reconstruction et le développement – sans que cela affecte ses activités. La Banque soutient parfois l’idée qu’une annulation de la dette mettrait en jeu ses futures réserves de crédit. Cette position est intéressante, car elle révèle ses priorités qui sont semblables à celles de beaucoup d’autres institutions : assurer à tout prix sa pérennité.

L’incapacité à annuler les dettes des pays pauvres réside dans le troisième niveau de critique qui vise les conditions du processus d’allègement.

Le pivot des programmes importants d’allègement de la dette, y compris ceux des pays créanciers individuels, est l’Initiative PPTE orchestrée par la Banque mondiale et le FMI. Ce programme oblige entre autres les pays à remplir des conditions d’ajustements structurels imposés par la Banque et le FMI. L’Initiative PPTE renforce les exigences de la Banque et du FMI. Les pays pauvres très endettés doivent respecter trois aspects principaux d'ajustements au marché : la privatisation, la libéralisation et la réduction des dépenses dans les services publics. Par exemple, c’est une pratique courante de la Banque et du FMI de reporter ou de refuser un allègement de la dette pour les pays soupçonnés d’être réticents à privatiser des services publics comme l’électricité, les télécommunications ou l’eau, ainsi que les ressources naturelles comme le pétrole, le gaz et l’industrie minière.

En d’autres termes, la Banque mondiale et le FMI rejettent l’annulation totale de la dette, car la crise leur sert à imposer la privatisation et l’exploitation des ressources.

La nécessité d’annulation la dette est reconnue depuis des années. Nous avons les moyens d'y parvenir. Mais en conclusion, c’est toujours l’éternelle dynamique d’exploitation et d’appauvrissement qui prévaut.