Le sommet du G8 à Kananaskis ne tient pas ses promesses
Par Derek MacCuish
Mauvaise semaine pour la corruption et les abus en tous genres. Encore une grosse multinationale prise à maquiller ses comptes pour que gestionnaires et comptables puissent se mettre quelques milliards de dollars dans les poches. George Bush qui dit au peuple palestinien d'épouser la démocratie en se débarrassant d'Arafat. Plusieurs états américains mécontents de ce que la Court Suprême fasse fi des traditions et protège les attardés mentaux de la peine capitale. Même Martha Stewart y est allée de son petit délit d'initiés cet été.
La même semaine, nous avons entendu les dirigeants du G8 dire aux Africains qu'ils ne les aideraient pas à combattre la pauvreté s'ils n'éliminaient pas la corruption et la gestion frauduleuse. Le "plan d'action pour l'Afrique du G8" n'est pas un "nouveau départ" pour l'Afrique. Arrogant et condescendant, il ne servira finalement en rien à améliorer les conditions de vie misérables des Africains.
Le plan du G8 pour l'Afrique repose sur une base de commerce et d'investissement. La réalité est que la "participation" africaine à l'économie globale se limite à la fourniture de matières premières élémentaires. Les entreprises étrangères contrôlent de plus en plus la production et les extractions. La privatisation et la libéralisation de ces industries est une des conditions à l'aide et à l'allègement de la dette.
Le G8 reste sourd aux suppliques pour un changement substantiel du système économique mondial. La Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) stipule, dans son Rapport 2002 sur les pays les moins avancés publié le mois dernier, que "la mondialisation telle qu'elle est appliquée aujourd'hui, renforce l'engrenage de la pauvreté."
Ce rapport continue en notifiant que les politiques à l'égard des pays pauvres "devraient inclure une aide accrue et plus efficace ainsi que l'allègement de la dette, une révision et un remaniement de la politique internationale sur les matières premières et des politiques qui reconnaîtraient l'interdépendance entre la marginalisation socio-économique des pays les plus pauvres et la polarisation croissante de l'économie mondiale."
L'allègement de la dette a peu attiré l'attention de ce sommet. Le document de Plan d'Action du G8 applaudi le programme actuel, considéré comme une assistance "généreuse" pour "les pays qui appliquent des politiques économiques saines et une bonne gouvernance." En fait, la réduction de la dette proposée est assez maigre et dépend de la privatisation et de la libéralisation complète des industries et des services publics.
Il faut se rendre compte que les pays pauvres ont, en moyenne, été capables de payer environ la moitié du service total de la dette qui leur est réclamé tous les ans. Prenons l'exemple de la Tanzanie. Le service de la dette du de 1991 à 1996 ( année de lancement du programme d'allègement de la dette) avoisinait les 226 millions de dollars US. Il est donc probable que le pays remboursait alors effectivement des sommes d'un peu plus de 100 millions de dollars.
En novembre, après cinq ans d'ajustement économique, la Tanzanie a finalement réussi à compléter le programme d'allègement de la dette. Le service de la dette est maintenant prévu " autour de 116 millions de dollars US pour 2001-02 jusqu'en 2010-11 " d'après l'analyse de la Banque mondiale et du FMI. Montant total du progrès réel? Zéro.
Environ un tiers des paiements effectués par les pays d'Afrique à la Banque mondiale - leur principal et unique créditeur - sont en fait des intérêts. Deux aspects sont à considérer. Le premier est évidemment la question de savoir pourquoi la Banque mondiale, qui engrange des profits d'environ 2 milliards de dollars par an, prend autant d'argent aux pays pauvres. Le second est en rapport avec le "coût" de l'allègement de la dette.


