"World Bank Blues"
Par Derek MacCuish
Le jeune homme originaire du Ghana s'assit à la table de conférence juste en face de l'homme de la Banque mondiale, et lui demanda pourquoi celle-ci n'engageait pas d'expertise ghanéenne pour ses projets concernant l'eau. Il lui dit qu'ils s'opposaient à la privatisation de l'eau, mais qu'ils voulaient trouver un moyen d'améliorer l'efficacité du système existant. Le problème était que la Banque mondiale imposait la vente du système de distribution de l'eau comme condition à l'allègement de la dette et à d'autres types d'aides, mais que les entreprises étrangères étaient les seules capables de l'acheter.
Pourquoi aller chercher des gens à l'extérieur, demanda-t-il. Ils pouuraient employer des talents découverts au Ghana même, et mettre à contribution le savoir local.
La réponse du porte-parole de la Banque mondiale? Il décrivit comment, dans les années 60s, les Français avaient importé leurs ingénieurs de Paris à Abidjan en Côte d'Ivoire, pour y construire le meilleur système d'approvisionnement en eau de toute l'Afrique. Puis il nous laissa tirer nos propres conclusions.
Le jour suivant, lors d'une discussion autour de la dette du Tiers monde, un autre représentant de la Banque mondiale déclara que maintenir un certain degré d'endettement était une bonne chose, dans le sens où cela facilitait la gestion de l'économie d'un pays.
Au cours d'une assemblée de deux heures réunissant des dizaines de représentants d'ONG, un autre porte-parole répondait aux intervenants, les gratifiant les uns après les autres d'un sourire et d'un regard compréhensif, que la question soulevée était fort intéressante, et qu'elle mériterait une discussion plus approfondie - à l'occasion.
Bienvenue aux consultations de la Banque mondiale avec la société civile; elles font désormais partie du rituel de ses Meetings Annuels. Toujours polies, souvent consternantes et utiles de loin en loin, ces discussions ont lieu durant les jours qui précèdent les meetings de la Banque mondiale. Activistes de tous poils convergent vers Washington, militant pour l'allègement de la dette et pour la transparence, ou contre la rétention d'informations et les projets de privatisation du pétrole et des minerais.
J'étais là-bas fin septembre, au nom du Comité pour la justice sociale et de la Halifax Initiative Coalition, comme j'y ai souvent été auparavant, débattant pied-à-pied des journées entières de sujets passant des opérations minières du Pérou, à la privatisation des arachides au Sénégal.
De nombreux meetings se déroulent en présence du personnel de la Banque mondiale et du FMI, mais les rencontres avec des partenaires de tous les horizons se produisent en nombre tout aussi important, et ce sont elles les véritables porteuses d'inspiration et d'espoir. Elles rassemblent des gens comme le docteur venu d'Inde qui combat la privatisation du sytème de santé parce qu'elle dépouillerait les pauvres d'un service essentiel, l'activiste de Tanzanie qui doit faire face au double fardeau de lutter pour l'allègement de la dette et contre la corruption de son gouvernement, et l'environnementaliste du Nicaragua qui demande aux ONG occidentales de rallier la lutte contre le Plan Puebla Panama.
Le Comité pour la justice sociale adaptera sa campagne et ses activités éducatives à l'évolution de la dynamique globale. Nous avons d'ores et déjà mis l'accent sur les conditions rattachées à l'allègement de la dette, en particulier la privatisation, la libéralisation et les réductions de la dépense pour le service public, et nous élargissons notre réseau à des partenaires du monde entier afin de s'assurer que notre travail contribue de façon significative à la lutte pour la justice sociale et économique.
Cela signifie insister pour obtenir des informations, la transparence lors du déroulement des processus et la responsabilisation des institutions financières, mais principalement lutter pour une passation de pouvoir aux mains des communautés concernées.


