Appels à l'action

26 juillet 2005

 

L'honorable Pierre Pettigrew

Ministre des Affaires étrangères du Canada

125, Sussex Drive

Ottawa (Ontario)  K1A 0G2, Canada

 

Monsieur Pettigrew,

 

Ces trente dernières années, en tant que membre du personnel du Comité pour la justice sociale (CJS), j'ai visité le Guatemala à plusieurs reprises. Jusqu'à récemment, j'avais été impressionné par la grande estime dont témoignaient les Guatémaltèques que je rencontrais à l'égard du Canada, du peuple et du gouvernement canadien. Mon expérience m'a convaincu que le Canada méritait sa réputation.

 

Il semble cependant que cette situation soit en train de changer. Les personnes qui avaient une haute estime pour Canada se demandent maintenant s'il ne s'agit pas en effet du « nouveau conquistador ». Une des principales raisons de ce changement d'attitude est liée au développement de la mine à ciel ouvert de Marlin, une mine d'or et d'argent située dans la province de San Marcos. Plusieurs personnes, spécialement celles habitant dans les environs, s'opposent au développement de la mine. Elles craignent ses effets sur l'environnement et sur la vie sociale, et dénoncent le fait qu'elles n'aient pas été consultées.

 

Qu'est-ce que tout ça a à voir avec l'image du Canada, demanderez-vous ? Plusieurs choses. Premièrement, Marlin Mine est la propriété de Glamis Gold ltée, une compagnie minière canadienne. Deuxièmement, les représentants canadiens de la Corporation financière internationale (International Financial Corporation ou IFC) ont appuyé l'octroi d'un prêt de 45 millions de dollars à Glamis Gold pour qu'elle développe cette mine, et ce, après que des communautés autochtones aient témoigné de leurs inquiétudes devant cette société de la Banque mondiale. Troisièmement, l'ambassade canadienne au Guatemala a déployé d'importantes ressources afin de bien soutenir les compagnies minières actives dans la région, en particulier la mine de Marlin.

 

Le dernier rapport déposé devant le Parlement par le Comité permanent sur les affaires étrangères et le commerce international, s'intéresse principalement à trois questions. Le Comité pousse le gouvernement à agir sur trois principaux points :

Mettre en place des mesures incitatives afin d'encourager les entreprises minières canadiennes à mener leurs activités à l'étranger de manière responsable, tant sur le plan social qu'environnemental, et en accord avec les droits de la personne. De telles mesures doivent inclure un soutien du gouvernement canadien à tout projet de financement et d'aide offert par les missions canadiennes pour les compagnies qui répondent à certains critères prédéfinis, tels la responsabilité sociale des entreprises et le respect de droits fondamentaux, en particulier par l'intermédiaire d'un mécanisme d'évaluation de l'effet des droits de la personne.

 

Ce rapport fait en effet suite aux engagements déjà pris. Le gouvernement du Canada, en vertu de son statut de membre de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), « s'est engagé à un plan d'amélioration continuelle des politiques nationales et internationales afin d'améliorer le bien-être et la qualité de vie de tous les peuples » (principes directeurs de l'OCDE à l'intention des entreprises multinationales). Les mêmes principes spécifient que les entreprises doivent « respecter les droits de la personne, selon les obligations et les engagements internationaux de l'État qui les accueille et pour ceux qui sont touchés par leurs activités ». Ces mêmes principes engagent le gouvernement du Guatemala, en vertu de ses engagements internationaux, d'inclure les populations autochtones dans les processus de prise de décision qui risquent d'affecter leurs communautés (169e congrès de l'Organisation mondiale du travail).

 

De plus, les gouvernements canadiens successifs, y compris celui d'aujourd'hui, ont parlé avec fierté de l'engagement du Canada envers la promotion des droits de la personne à l'échelle mondiale.

 

Au CJS, nous nous joignons à de nombreux Canadiens pour vous encourager à répondre favorablement aux demandes du Comité permanent. Les activités des compagnies minières canadiennes à l'étranger, en particulier celles qui ont lieu dans les pays pauvres et déliquescents comme le Guatemala, sont très importantes pour les gens qui y vivent. Il n'est pas exagéré de dire que leur bien-être, voire leur vie est en jeu.

 

Tel que noté au premier paragraphe de cette lettre, le Comité pour la justice sociale a assisté pendant plusieurs années le peuple guatémaltèque dans sa quête d'une société basée sur la justice et la paix. À la demande des gens vivant dans les environs de la mine ainsi que de ceux qui y travaillent, nous demandons au gouvernement du Guatemala de suspendre les activités dans la mine jusqu'à ce que les gens touchés donnent leur consentement libre et éclairé quant à la reprise des activités. Nous avons récemment accueilli au Canada l'évêque Alvaro Ramazzini du diocèse San Marcos (et avons rencontré des représentants du ministre). Il a exprimé ses inquiétudes concernant les effets sociaux et environnementaux de la mine.

 

Notre expérience et notre engagement envers la paix et la justice exigent que nous vous demandions de répondre favorablement à ce rapport. Nous ne voudrions pas voir d'autres communautés souffrir des conséquences d'un autre projet aussi mal administré que celui de Marlin. Il est en votre pouvoir de faire quelque chose et nous vous accordons notre confiance.

 

Cordialement,

 

 

Ernest Schibli

Coordonnateur en sensibilisation du public

 

c.c. L'honorable R. John Efford, ministre des Ressources naturelles

      L'honorable David L. Emerson, ministre de l'Industrie Canada

      Mme Marlene Jennings, députée de Côte-des-Neiges - Notre-Dame-de-Grâce